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Posts sur la formation initiale et professionnelle pour les métiers du conseil

Des patates et des sucres

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Hier soir, le Club Agile Rhône-Alpes s’est réuni comme à l’accoutumée pour l’une de ses « rencontres autour de l’agilité » fort sympathiques. Nous étions 18 professionnels à venir partager nos pratiques, nous ressourcer, nous ouvrir à une nouvelle vision de notre monde.

Emmanuel Etasse et Jean-François Jagodzinski m’ont demandé si je pouvais animer la session. Grand honneur pour moi qui ait rejoint le CARA tout récemment, que d’avoir une tribune dans un monde où je me sens encore tout petit. J’ai donc essayé d’apporter ma pierre à la communauté. Ou plutôt ma patate…

FORMATION DE FORMATEURS

J’ai eu la chance de suivre ce printemps une formation de formateurs délivrée par Jean-Denys Joubert au cours de laquelle j’ai puisé de nouvelles manières d’animer de manière décalée. En l’occurrence, d’utiliser des « jeux d’enfants » pour permettre aux adultes de prendre conscience de leur rapport à l’autre, à la collaboration, à la compétition, à la sécurisation de l’équipe et du résultat, à la gestion du temps, à la fixation et à l’atteinte d’objectifs, à l’amélioration continue, à l’innovation de rupture…  Nous avons réussi à évoquer tous ces sujets et partager nos impressions à partir de deux outils projectifs : des patates et des sucres en morceaux.

Comme nous avions 17 joueurs, nous avons travaillé en deux équipes de 8 et 9 joueurs qui se sont d’elles-mêmes mises en compétition sans que cela soit l’objectif des séquences proposées.

LA PATATE

Le jeu de balle ou jeu de la patate est un outil projectif sur la stratégie d’objectif, la prise de risque, le progrès continu, l’innovation par la rupture, la collaboration, la gestion du temps, le challenge. Avec un objet simple et une consigne simple, l’équipe dispose de peu de temps pour trouver une solution au problème. Elle teste son idée et mesure sa performance. Elle joue une seconde fois dans le même contexte et essaye de faire un peu mieux. Elle y arrive. Puis une nouvelle consigne ordonne de faire 2 à 10 fois mieux ! Une rupture. L’équipe y parvient aussi. Ce jeu qui n’est pas sans rappeler le travail agile en sprints nous questionne en particulier sur les manières dont nous animons les rétrospectives : chacun peut-il s’exprimer ? comment naissent les nouvelles idées ? apporte-t-on assez de sang neuf dans l’équipe pour ouvrir de nouveaux horizons, s’autoriser à envisager qu’il est possible de faire 2 à 10 fois mieux en changeant radicalement ?

LES SUCRES

Le jeu des sucres ou cubes est un jeu qui réalise un cycle complet de trois itérations. Chaque joueur doit estimer le nombre d’étages de la tour qu’il est capable de construire dans le temps imparti. Puis vient le chrono : la pression monte avec les étages et avec le temps qui s’égrène mais dans le stress, on ne sait plus combien il reste de temps. A quelques secondes de la fin, on essaye de faire mieux, d’ajouter un étage et patatras. Le chrono s’arrête, on compte les étages et les écroulements. Rires, satisfactions et frustrations se côtoient. « Je n’aurais pas dû… » Chacun s’exprime sur la manière dont il a fixé son objectif, comment il a géré la phase de réalisation avec ses coups de stress et ce qu’il éprouve face à son résultat. On y rencontre des prudents, des têtes brûlées etc. Comme dans la vraie vie, comme dans un planning poker…  Pour l’itération suivante, on adapte sa stratégie et son objectif, sa méthode aussi… on se compare à sa propre performance ou à celle des autres joueurs, c’est à chacun son karma. Deuxième pari, deuxième jeu, deuxième résultat… A-t-on fait mieux ? Dans l’absolu en nombre d’étages, en atteinte de l’objectif ? Mieux que les autres ? Puis vient le temps où l’on n’est plus chacun pour soi mais tous en équipe à chercher à atteindre l’objectif global. A chaque équipe sa stratégie, ses règles de solidarité implicites ou explicites… Si on fait le parallèle avec SCRUM, cela ressemble à plusieurs itérations avec chaque fois son planning poker, sa phase de réalisation et sa rétrospective. On voit l’importance des temps d’échange et ce que change dans la fixation et l’atteinte d’objectifs le passage d’une équipe ou chacun pense en fonction de lui-même à une équipe où chacun contribue à la réflexion et à la fixation et à l’atteinte d’objectifs communs. Dans l’une des deux équipes en lice, le temps de préparation a permis de réduire les risques, de calmer les têtes brûlées. Ils ont utilisé un secret : ils ont partagé la réponse à la question « je serai content si… » ; ils ont visé la satisfaction collective de savoir mesurer sa capacité de production (vélocité) et le fait de remplir le contrat dans le confort et sans risque (pour eux et pour le donneur d’ordre) plutôt que de viser d’avoir la plus haute tour et de compenser les faiblesses des uns par la force supposée des autres. Ils ont donc visé un nombre d’étages sur lequel chacun se sentait sans risque : confortable, pas le plus haut possible, car le « mieux est l’ennemi du bien » ; un sucre de plus et un édifice qui semblait solide s’écroule une seconde avant le gong. Chacun travaillant dans sa zone de confort, le contrat de solidarité a pu rester implicite. L’autre équipe était plus centrée sur le fait de faire mieux que les voisins au lieu de viser son confort. Elle s’est également plus centrée sur la prouesse technique (nombre d’étages) que sur la satisfaction du contrat rempli (avec bonus à l’appui). De fait, chacun a visé son objectif maximum atteint dans les tours précédant en s’imaginant qu’on ne pouvait pas revenir en arrière. Pour eux, le maximum d’avant devenait si ce n’est le minimum d’aujourd’hui, au moins le confort théorique acceptable. Or pour certains, c’était trop risqué  : avant la fin du chrono, l’un des joueurs rapporte qu’il lui manquait un étage… Au lieu d’avouer son risque d’écroulement et de demander à ses équipiers de compenser la fragilité de sa tour par un étage de plus sur une autre tour… il a tenté le diable et cela s’est terminé par l’écroulement de sa tour qui n’a pu être compensé par ses équipiers.

En synthèse, ce jeu des sucres est un révélateur efficace des personnalités qui composent l’équipe et de la manière dont l’équipe s’auto-organise.

De ce point de vue, ces deux heures de team-building et de partage me semblent tout à fait intéressantes dans le contexte d’équipes projet, en particulier agiles !

Un grand merci à tous les participants du CARA, à Manu et Jean-François qui m’ont donné la chance d’animer cette session et à Jean-Denys pour ses précieux outils que je ne saurais trop vous recommander

Jean

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